Neuf personnes sur dix : c’est la proportion vertigineuse révélée par un sondage international mené au Canada, où l’écrasante majorité déclare avoir déjà cru à une fake news. Face à cette marée de fausses informations, Jérémie Mani, expert des médias sociaux et président de netino.fr (e-modération), partage ses éclairages pour naviguer sans chavirer dans cet océan de désinformation.
Blague anodine, exagération qui dérape, mensonge glissé sur les réseaux sociaux : ces contenus, d’abord perçus comme inoffensifs, finissent par contaminer les fils d’actualité et s’ancrent dans l’esprit des internautes. Parfois, il ne s’agit plus d’une simple rumeur, mais d’une vaste opération orchestrée pour manipuler l’opinion publique à grande échelle.
Comment définir une fake news ? Interview Jérémie Mani photo DR
La frontière est floue : la définition des fausses nouvelles varie selon les interlocuteurs. Pour Jérémie Mani, il s’agit d’informations erronées, parfois partiellement, diffusées délibérément par un auteur qui vise une large audience. L’objectif ? Tromper, influencer, nuire, ou simplement semer le trouble à grande échelle.
Remontons aux sources : d’où viennent les fake news ?
La fabrication de fausses informations ne date pas d’hier. Jadis, on parlait de ragots ou de rumeurs, transmis de bouche à oreille. Mais l’arrivée des réseaux sociaux a tout changé : la viralité permet à ces récits falsifiés de se propager en quelques clics et de toucher des milliers de personnes en un temps record. Un exemple marquant : le fameux nuage de Tchernobyl, prétendument stoppé à la frontière française, relève de cette manipulation. Ici, les autorités elles-mêmes ont orchestré la désinformation pour calmer la population.
Peut-on vérifier les faits et remonter aux sources ?
La tâche se complique, mais il existe plusieurs réflexes à adopter pour ne pas tomber dans le piège. Plusieurs médias ont mis au point des outils dédiés à la vérification, comme le Decodex du Monde. Ce travail de fact-checking consiste à prendre du recul, examiner l’origine de l’information, et croiser les sources. Avant de se fier à une nouvelle, il vaut mieux se demander : cette information provient-elle d’un média reconnu ? L’auteur bénéficie-t-il d’une certaine légitimité, ou s’agit-il d’un influenceur éphémère ? Pour ces derniers, il est utile de scruter leur parcours et de vérifier s’ils s’appuient sur des médias fiables. La vigilance reste de mise : même les grands médias commettent des erreurs, et parfois, une vérité surgit d’une source inattendue.
Quelles attitudes adopter pour ne pas relayer de fausses informations ?
Le principe de précaution s’impose. Trop souvent, des messages alarmistes circulent sous prétexte qu’« au cas où ce serait vrai, autant partager ». Résultat : les fausses nouvelles gagnent en crédibilité et s’installent durablement. Il faut aussi apprendre à se méfier de soi-même, car chacun a tendance à croire et diffuser ce qui conforte ses convictions. Ce mécanisme porte un nom : le biais de confirmation. Pour s’en défaire, une bonne question à se poser serait : « Aurais-je la même réaction si l’information disait strictement l’inverse ? »
Voici quelques pistes concrètes pour éviter les pièges :
- Prendre le temps de vérifier l’information avant de la partager
- Privilégier les sources reconnues et croiser les avis
- Se méfier des contenus qui suscitent une réaction émotionnelle forte
- Consulter des plateformes de fact-checking comme le Decodex
Vers une vague encore plus dangereuse ? Le phénomène ne montre aucun signe de ralentissement. Au contraire, il prend de l’ampleur avec l’émergence des deepfakes : ces vidéos trafiquées, où l’on fait dire à n’importe qui ce qu’il n’a jamais prononcé, s’annoncent comme la prochaine arme des campagnes de désinformation. Les outils pour fabriquer ces faux deviennent accessibles à tous, rendant la vigilance plus indispensable que jamais.
La désinformation avance, masquée derrière une apparence de vérité. Rester lucide, c’est refuser de devenir le relais involontaire de ces récits fabriqués. La prochaine fois qu’une information sensationnelle s’affiche sur votre écran, demandez-vous : qui en tire profit ? Et si, au fond, la véritable force était d’apprendre à douter.



