Face à la Méditerranée, Monaco n’est pas seulement le royaume des yachts et des palaces. Ceux qui s’aventurent sur les terrasses de Fontvieille y découvrent un trésor mécanique : la collection privée de voitures de S.A.S. le Prince de Monaco, un alignement de bolides et de modèles rares qui réveillent la passion même chez les plus blasés.
Plus de cent véhicules, tous installés sur près de 5000 m², s’offrent aux regards curieux. Cette collection, baptisée « Prince’s Cars », est née à la fin des années 1950 sous l’impulsion du prince Rainier III, puis enrichie par son fils le Prince Albert II. On y croise un éventail saisissant d’automobiles : des calèches d’antan aux monstres de Formule 1, chaque pièce raconte à sa manière un fragment de l’histoire automobile et monégasque.
Le doyen du garage princier
Tout a commencé avec un De Dion-Bouton, acheté en 1903. Ce véhicule pionnier, aujourd’hui le plus ancien de la collection, a même connu un drôle de destin : en 1968, pour le 72e anniversaire de la course Londres-Brighton, le prince Rainier III décide de prendre le départ à son volant. À ses côtés, la princesse Grace. À l’arrière, Caroline et Albert, enfants du couple, installés pour une aventure familiale sur les routes anglaises. La course, un rallye de 60 km réservé aux voitures anciennes, tournera court. Un problème technique vient stopper net l’équipée, rappelant qu’avant la légende, il y a souvent des caprices mécaniques.
L’ovni à hélice signé Leyat
Parmi les curiosités, difficile de passer à côté de la Leyat Helica, créée par l’inventeur français Marcel Leyat. Avec son design tout droit sorti d’un imaginaire futuriste, ce véhicule évoque plus l’aviation que l’automobile. Sa particularité ? Une grande hélice à l’avant, un poids plume de 225 kg, une consommation minime et une vitesse de pointe à 110 km/h. Mais l’expérience de conduite, le vacarme de l’hélice, la poussière soulevée et les risques inhérents à son mode de propulsion n’ont jamais permis à la Helica de conquérir le bitume. Elle reste une pièce rare et fascinante, davantage admirée que conduite.
Le taxi anglais de Princess Grace
En Angleterre, lors d’un tournage, la princesse Grace découvre le charme discret des taxis londoniens. Séduite par leur maniabilité, elle en ramène un exemplaire à Monaco. Ce véhicule, au style inimitable, devient vite son allié pour traverser les ruelles étroites de la Principauté et accompagner ses enfants à l’école, aux activités sportives ou chez le médecin. L’intérieur, adapté à ses goûts, accueille deux coussins moelleux sur la banquette arrière. Petite scène de la vie princière : le jeune Albert, fasciné par le coffre situé à l’avant gauche, s’y installe régulièrement, obligeant le chauffeur à garder une main rassurante sur son bras pendant les trajets. Ces souvenirs dessinent l’attachement d’une famille à une voiture qui, loin d’être ordinaire, s’est fondue dans le quotidien du Palais.
Le Chrysler Imperial (1956) : témoin des grandes heures
Le Chrysler Imperial, livré par les États-Unis au prince Rainier III, n’est pas une simple voiture de collection. Ce modèle prestigieux s’est imposé comme véhicule d’apparat lors des moments clés de la vie monégasque. Le 12 avril 1956, il accueille Grace Kelly au port de Monaco, avant de la conduire jusqu’au Palais, prélude à l’un des mariages les plus médiatisés du siècle. Il reprend du service lors du cortège officiel, puis lors de la venue de Charles de Gaulle en 1960, dans un contexte tendu entre la France et la Principauté. La dernière apparition de la Chrysler Imperial remonte à juillet 2019, pour le mariage de Louis Ducruet, fils de la princesse Stéphanie. À chaque fois, la même silhouette élégante, témoin discret de la diplomatie et des moments familiaux.
La favorite du Prince Albert II : la Renault Floride Cabriolet (1959)
En 1958, Renault dévoile la Floride Cabriolet, dessinée par Pietro Frua et pensée pour séduire aussi bien le public français qu’américain, où elle est rebaptisée Caravelle. Symbole d’élégance à la française, elle séduit autant Brigitte Bardot que la princesse Grace. Cette Floride, à la carrosserie verte « Bornéo », pneus blancs et chromes brillants, occupe une place à part dans le cœur du Prince Albert II. C’est la préférée du souverain, celle qui incarne à la fois le raffinement et la nostalgie d’une époque où Monaco vibrait au rythme des sixties.
La collection de voitures de S.A.S. le Prince de Monaco offre une plongée unique dans l’histoire automobile. Elle accueille les visiteurs tous les jours, de 10 h à 17 h 30, avec un tarif fixé à 8 € pour les adultes et 4 € pour les enfants de 6 à 17 ans ainsi que pour les étudiants. Une occasion rare de marcher entre les capots qui ont traversé les âges, les anecdotes, et parfois, l’Histoire elle-même. À Monaco, la passion de la mécanique ne dort jamais. Elle attend, prête à rugir, ou à murmurer, dans les allées feutrées de Fontvieille.




