Un étudiant fraîchement débarqué en master ou un professionnel chevronné peut bien vite se retrouver démuni devant l’organisation d’un entretien de recherche. Sur la table, un outil fait souvent la différence : le guide d’entretien, ou « grille d’entretien », ce fameux plan de bataille pour mener des échanges structurés et exploitables.
Le guide d’entretien : définition générale
Le guide d’entretien, c’est ce document sur lequel vous consignez à l’avance toutes les questions à poser ou les thèmes à aborder lors de votre échange. Sa structure s’adapte selon la nature de l’entretien : managérial, semi-directif, non directif. Prenons un exemple frappant, tiré d’un travail universitaire : « Dans le cadre de notre thèse, nous avons mené des entretiens à Paris et à Cordoue, sur la base d’un guide général visant à faire référence aux principaux sujets d’adresse et questions à poser aux acteurs. Dans une approche semi-directive, ce guide d’entretien n’a pas été utilisé de manière systématique ou linéaire, mais il a été utile pour orienter et fixer le rythme des discussions. » (Nez, 2011)
Bien plus qu’un simple catalogue de questions, le guide d’entretien met de l’ordre dans vos idées, balise le terrain et évite les digressions inutiles. Il s’avère particulièrement précieux lors de la préparation d’un entretien semi-directif ou d’un entretien de type managérial. En revanche, pour les entretiens non directifs, le guide formel s’efface souvent au profit d’une plus grande spontanéité.
Caractéristiques du guide d’entretien
En pratique, le guide d’entretien prend généralement la forme d’une série de questions rédigées à l’avance. Pour gagner en clarté et efficacité, beaucoup optent pour un tableau : d’où l’appellation fréquente de grille d’entretien. Une colonne pour les thèmes clés, une autre pour les questions associées. C’est propre, c’est lisible.
La méthode du sablier, ou de l’entonnoir, est couramment utilisée : on débute par des questions larges et simples, puis on resserre progressivement vers des points plus précis et complexes. Ce principe permet d’installer la confiance, puis d’approfondir sans heurter ni brusquer l’interlocuteur.
Utilisation
Voici dans quels contextes le guide d’entretien trouve sa place :
- Pour mener une étude qualitative lors d’un entretien semi-structuré, ou parfois pour un entretien non directif (avec des questions ouvertes, mais plus rares).
- Pour une étude quantitative, dans le cadre d’un entretien directif (avec des questions fermées, souvent via questionnaire).
Le contenu du guide d’entretien
Un guide d’entretien efficace se structure en trois volets :
- Présentation du contexte : exposez le sujet de la recherche, le cadre de l’entretien, et ce qu’il devrait apporter.
- Coordonnées de la personne interrogée : notez nom, prénom, sexe, âge, profession.
- Liste des questions : consignez les questions à poser et les thèmes associés.
À retenir
Quelques éléments-clés résument l’utilité du guide d’entretien :
- Il peut prendre la forme d’une liste de questions ou d’un tableau, selon vos besoins.
- Il sert aussi bien pour les études qualitatives (semi-structurées) que quantitatives (directives).
- Dans un entretien non directif (« entretien libre »), il n’est pas nécessaire.
- Les questions sont idéalement classées du plus général au plus spécifique.
La forme des questions dans un guide d’entretien
Dans un guide d’entretien, la forme et la structure des questions varient selon la méthode adoptée. On distingue deux grandes approches :
- La forme structurée ou semi-structurée.
- La forme non structurée.
1. Guide structuré ou semi-structuré : le questionnaire
Ce format est le pilier des entretiens directifs ou semi-structurés. En entretien semi-structuré, on conserve la liberté de modifier l’ordre des questions ou d’en ajouter selon la situation. À l’opposé, l’entretien directif impose de suivre scrupuleusement l’ordre et la formulation des questions, une rigueur méthodologique qui garantit la comparabilité des réponses.
2. Guide non structuré : liste de thèmes ou de sujets
Pour un entretien non directif, le guide se résume à une liste de sujets généraux à aborder, sans questions détaillées. Le but : laisser la place à l’expression libre, tout en gardant sous le coude quelques idées pour relancer l’échange si besoin.
L’ordre des questions
La manière dont vous enchaînez les questions n’est pas anodine. L’ordre adopté influencera la dynamique de l’entretien et la qualité des réponses obtenues.
Trois grandes logiques d’enchaînement existent :
- Option 1 : du général au particulier (technique du sablier)
Illustrons cette option : dans une thèse consacrée au réchauffement climatique, on commence par interroger le phénomène global (pollution), avant de zoomer sur un aspect précis (les gaz d’échappement des voitures).
- Option 2 : suivi chronologique
Autre possibilité : dérouler les questions selon une logique temporelle, par exemple pour analyser les changements liés au réchauffement climatique de 2000 à aujourd’hui.
- Option 3 : de la cause à la solution
Dernier schéma : partir du problème, explorer ses causes, ses effets, puis s’attarder sur les réponses à y apporter. Pour la même thèse sur le climat, cela revient à cartographier les conséquences du phénomène, puis à examiner les pistes d’action.
Le type de questions
Le choix du type de questions dépend du format d’entretien : directif, semi-structuré ou non directif. Deux grandes catégories s’opposent :
- Les questions ouvertes
- Les questions fermées
1. Questions ouvertes
On utilise les questions ouvertes dans les entretiens semi-structurés ou non directifs. Elles invitent la personne interrogée à s’exprimer librement, que ce soit sur des faits ou des opinions.
Question factuelle : Quels éléments permettent d’affirmer que le réchauffement climatique est une réalité ?
Réponse : Une multitude de faits et d’arguments peuvent être avancés.
Question d’opinion : Que pensez-vous du réchauffement climatique ?
Réponse : L’interviewé prend le temps de développer son point de vue personnel.
| Avantages | Limites |
|---|---|
| Les réponses sont souvent plus riches et nuancées. Parfait pour saisir la complexité d’un sujet. | Impossible de traiter les réponses statistiquement. À vouloir approfondir chaque réponse, on pose fatalement moins de questions. |
2. Questions fermées
Les questions fermées servent principalement lors d’entretiens directifs. Les réponses sont limitées à OUI/NON, ou à des choix prédéfinis (type QCM).
Question OUI/NON : Le réchauffement climatique est-il une réalité ?
Réponse : 1. Oui. 2. Non.
QCM : Quelle est l’industrie la plus polluante au monde ?
Réponse : 1. L’industrie automobile. 2. L’industrie textile. 3. L’industrie agroalimentaire.
| Avantages | Limites |
|---|---|
| Permet d’enchaîner plus de questions et d’exploiter les réponses sur le plan statistique. Les réponses sont précises et facilement comparables. | Le répondant peut se sentir bridé, frustré de ne pas pouvoir nuancer ou approfondir. Réponses courtes, analyse limitée de la complexité du sujet. |
Exemple complet de guide d’entretien
Pour illustrer concrètement la démarche, prenons le cas d’une thèse sur l’évolution du réchauffement climatique depuis le début du siècle. Voici trois variantes de guides d’entretien possibles :
- Entretien directif
- Entretien semi-directif
- Entretien non directif (« libre »)
Sur un même sujet, ces trois modèles montrent qu’il est possible d’aborder les mêmes thèmes tout en recueillant des données très différentes. Avant de choisir votre méthode, réfléchissez au type de résultats que vous attendez de votre enquête. Ce choix orientera en profondeur la construction de votre guide d’entretien.
Le guide pour un entretien directif
Dans ce format, privilégiez les questions fermées. Le guide prend alors la forme d’un questionnaire ou d’un QCM, avec une liste ordonnée et fixe de thèmes et de questions. Ce schéma est particulièrement adapté si vous souhaitez comparer les réponses de plusieurs personnes (par exemple, lors d’une enquête auprès de proches).
| Sujets | Questions |
|---|---|
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Le guide pour un entretien semi-structuré
Avec l’entretien semi-structuré, les questions ouvertes prennent le relais. L’interviewé peut alors développer des réponses plus élaborées, mettant en avant son expérience ou son expertise. Ce format s’avère particulièrement riche si vous dialoguez avec une personne bien informée.
Voici comment organiser les thèmes et les questions :
- L’évolution du climat
- Que pouvez-vous dire de l’évolution du climat ?
- Comment stabiliser l’évolution de ce phénomène ?
- Quel rôle la France joue-t-elle dans cette évolution ?
- Votre expérience
- Ce phénomène est-il plus visible qu’au siècle précédent ?
- À partir de quand vous considérez-vous écologiste ?
- Pour quelles raisons ne nous sentons-nous pas toujours responsables individuellement ?
- Gestes quotidiens
- En quoi les petits gestes du quotidien peuvent-ils être utiles ?
- Qui doit porter l’effort principal selon vous ?
- Pourquoi changer nos habitudes de vie aujourd’hui ?
- Le réchauffement climatique à venir
- Comment voyez-vous l’évolution du phénomène ?
- Quelles sont les actions à mener dès aujourd’hui ?
Le guide des entretiens non directifs (« libres »)
Dans le cas d’un entretien non directif, le guide n’est pas imposé et ne sert que de repère éventuel. Les questions émergent au fil de la discussion, en fonction des réponses de l’interlocuteur. Ce format est souvent privilégié lorsque la personne interrogée possède une expertise poussée ou une expérience longue du sujet, et qu’on souhaite lui laisser un maximum de latitude.
Voici un aperçu des axes à explorer :
- L’évolution du climat
- Comment percevez-vous cette évolution ?
- Quelles en sont, selon vous, les causes ?
- Quel rôle pour la France ?
- Votre expérience
- Le phénomène est-il plus perceptible qu’autrefois ?
- Questions sur la responsabilité individuelle
- Qu’est-ce qu’être écologiste à vos yeux ?
- Gestes quotidiens
- Intérêt des gestes individuels
- Changer nos comportements
- Qui doit passer à l’action, et comment ?
- L’avenir du réchauffement climatique
- Quel horizon imaginez-vous ?
- Quelles solutions pour demain ?
Au final, le choix du type d’entretien conditionne la forme et le contenu de votre guide. Mais le cap reste le même : garantir une structure solide à votre démarche, pour que chaque entretien serve vraiment la recherche. Structurer son questionnement, c’est s’offrir la possibilité d’aller plus loin, et d’éclairer la complexité du réel sans jamais perdre le fil.


